Rinse France

Entretien avec Amosphère

Entretien avec Amosphère

Le 31 mai sur Rinse France, LEGITIME a invité l’artiste & compositrice Amosphère, qui a accepté de se prêter au jeu de l’interview pour quelques questions !

Nom: Amosphère

Activité: Artiste compositrice

Nationalité: Jupiterian

Project en cours/futur: debut album ‘More Die of Heartbreak’ sur le label 33-33

Website/Contact: http://amosphere.earth/

 

FRANÇAIS (ENGLISH BELOW)

Amosphère est une compositrice et artiste multidisciplinaire basée à Paris. À travers son travail minimaliste autour du cercle, du cosmique, de la sphère et de l’espace, elle use d’une poésie de fiction. Ses compositions explorent les environnements atmosphériques traversant les chemins de l’ambient et du brutalisme mélodieux.

 

1/ En Janvier dernier je suis tombé sous le charme de ton dernier mix ambient/downtempo. C’est après ça que j’ai vraiment voulu en savoir plus sur toi et tes performances. Comment décrirais-tu ta façon de produire – et quelles étaient tes passions et influences à tes débuts? Quelle est ton approche de l’art et du fait de devenir une artiste à part entière? 

Merci! J’ai réalisé ce mix dans une période quelque peu compliquée ou j’espérais que la musique puisse apporter une forme d’âme guérisseuse aux auditeurs. Même si je ne me considère pas comme une personne très productive, composer est un petit peu comme un rituel ; une méthode de guérison pour mes propres recherches personnelles, spirituelles et intellectuelles que j’aimerais partager encore plus comme une expérience à travers l’écoute. Plus jeune, j’étais passionnée par les films de SF comme Solaris de Tarkovsky, les toiles d’Agnes Martins, different genres musicaux, la poésie, la philosophie et tout ce que j’ai pu télécharger illégalement. Il n’y avait évidemment ni disquaires ni vidéo clubs dans mon village. Cela peut paraître un peu fort et violent mais être un(e) artiste renvoie à une forme de destruction du passé et de sa propre culture puis à transformer cette innocence en créativité pure. 

 

2/ J’ai découvert que tu avais commencé le piano très jeune, avant d’entamer ce pèlerinage vers les synthétiseurs analogiques et les nouvelles technologies. Quels on été tes principaux challenges en terme de compositions et productions et comment ont-ils évolué?

Dans un pays régi par cette loi de l’enfant unique et pour ainsi me sentir moins seule, ma mère a toujours souhaité que la musique puisse jouer le role d’un frère ou d’une soeur : ce fut un franc succès! Quand j’ai quitté le berceau familial pour étudier la littérature au Japon je n’avais plus de piano et certains amis ont commencé à m’initier aux synthétiseurs analogiques. C’est alors que j’ai commencé à découvrir les plaisirs du “noise”. J’étais trés attachée aux mélodies et techniques classiques du piano mais très vite mes envies ont divergé lorsque j’ai découvert des compositrices modernes comme Eliane Radigue, Christine Christer Hennix ou encore Mieko Shiomi. J’ai vraiment ce sentiment que si je devais garder mon attachement relié a des influences plus anciennes, ma musique ne serait jamais assez mature. 

 

3/ En tant que compositrice et artiste multidisciplinaire affiliée aux travaux d’acteurs reconnus comme Tomoko Sauvage, Laurel Halo ou plus récemment ce projet de duo avec NSDOS, “Atypek”, comment décrirais-tu ton propre style? Comment utilises-tu les technologies, quelle importance renvoies-tu à l’humain et aux machines? 

Je suis tout a fait fière et consciente de la chance que j’ai de collaborer avec de tel(le)s artistes aujourd’hui. J’imagine que je suis beaucoup plus aujourd’hui dans un état d’esprit communautaire ou formé de dualité. Comment les choses et le travail évoluent lorsqu’ils convergent et combinent d’univers différents, comment le travail artistique ou les sonorités peuvent rapprocher le monde via un intérêt commun surtout lorsque nous vivons une période aussi tragique. Je crois réellement que certaines technologies peuvent nous aider à survivre si nous les utilisons à bon escient et raisonnablement, mais je préfère personnellement continuer d’utiliser d’anciens instruments analogiques pour des raisons écologiques et leurs intemporalités. 

Si nous n’utilisons plus notre cerveau et nos mains ce serait le plus préoccupant — non pas parce que les machines gagneraient toutes les guerres mais parce que nos esprits sortiraient de nos corps et voyageraient vers d’autres planètes avant nous. 

 

4/ Quelle importance accordes-tu aux résidences d’artistes et comment as-tu vécu cette pandémie tout en faisant partie de plusieurs projets d’exhibitions? J’ai découvert que ton dernier live à la Fondation Fiminco avec Anabell Lacroix à du être annulé. Quel fut ton meilleur souvenir en tant que résidente?

Les résidences d’artistes offrent un espace et un environnement de travail très different, tu diriges tes envies autrement et sors de ta zone de confort en découvrant de nouvelles méthodes, de nouvelles idées et personnes. Je me sens avantagée grâce au soutien de centres d’art, d’expositions institutionnelles et de mon label 33-33 qui ont pu aller au bout d’évènements malgré le contexte sanitaire. Je n’ai donc pas fait de fixation sur certaines annulations et me suis plutôt concentrée sur mes futures ambitions. Je crois que mes meilleurs souvenirs resteront d’être surtout très bien entourée avec d’autres résidents et faire bouillonner et fusionner nos idées communément. 

 

5/ Parlons maintenant de tes projets pour 2021 et cette relation forte que tu entretiens avec MODE, une série annuelle regroupant des artistes et musiciens interdisciplinaires (co-créée par Laurel Halo et Ryoichi Sakamoto). Où as-tu rencontré le label 33-33 pour la première fois?  

C’est une année à la fois extrêmement compliquée et stimulante pour de nouveaux projets. Je suis vraiment heureuse de lancer mon premier album sur 33-33 très bientôt. C’est un travail de composition qui s’est construit entre 2017 et 2020 aidé de synthétiseurs analogiques, d’orgues électriques, d’un saxophone, d’un basson et qui s’intitulera ‘More Die of Heartbreak’. J’éprouve un profond respect pour Laurel Halo qui m’a toujours soutenue et accompagnée dans la composition musicale et la remercie encore pour l’invitation au MODE Exchange Festival à Londres où j’ai pu rencontrer l’équipe du label 33-33 qui m’a par la suite signée. Pour tout avouer, faire partie de ce festival aux 10 heures d’ambient au côté de géants de ce monde, je n’y croyais pas! Cette expérience incroyable m’a donné le courage de continuer de croire en mes rêves, produire et contribuer à ma façon à cette scene. 

 

6/ Peux-tu nous en dire plus sur le live que tu t’apprêtes à jouer dans les Studios de Rinse France? 

Je vais produire et délivrer ce live avec mes propres instruments en improvisants sur mes récentes découvertes et mes propres compositions sonores. L’idée sera de créer une atmosphère apaisante, relaxante et joyeuse pour célébrer cette liberté printanière. 

Merci Matthieu de m’inviter dans ton émission.

 

Traduction – Matthieu Astruc

ENGLISH

Amosphère is a Paris-based composer and multidisciplinary visual artist. Through diverse media, by using a minimalist vocabulary and fictional concrete poetry, her work questions time, space, cosmology, human perception and psycho-physical effects through sonic meditations.

 

1/ Last January I fell in love with your last ambient/downtempo mix, and after this moment I decided to go further and learn more about you and your performance. What is your relationship with writing/producing music – and what or who were your early passions and influences? Can you describe your approach to art and being an artist?

Thank you, that mix was made during a difficult period where I wished the music could be some healing waves for the listeners. Even though I’m not a very productive person, composing music has been almost a sonic ritual and healing process for my personal/spiritual/intellectual researches that I wish to share with more people as listening experience. My early passions and influences include science fiction films like Solaris by Tarkovsky, abstract paintings like Agnes Martins, of course different genres of music, poetry, philosophy, and anything else that I could download illegally on the internet when I was a teen, as there were no record/dvd shops nor exhibitions/concerts in my hometown. It might sound a bit violent but being an artist for me means a dose of destruction from the past and your original culture, as well as being able to keep the curiosity and innocence needed to be as creative as a child with a pure mind.

 

2/ I found out that you started playing piano in your early life and quickly took the path of analog synthesizers and modern technologies. What were your main compositional- and production-challenges in the beginning and how have they changed over time? 

My mother wished that music could be my brother or sister so that I would feel less lonely as an only child forced by the law of my generation, and it’s been a success! When I left my family and moved to Japan to study literature, I had no piano to play any more. Some friends introduced me to analog synths and we started playing noise in band. I have been challenged by some attachement to melodies and technics from classical piano, but my attachement began to disappear over time especially after I discovered contemporary composers like Éliane Radigue, Catherine Christer Hennix, Mieko Shiomi and so on. I feel that as long as I kept my attachements from the past influences, my work would not be mature enough.

 

3/ As a composer and multidisciplinary visual artist involved in projects with names as Tomoko Sauvage, Laurel Halo or most recently this duo project “Atyptek” with NSDOS, how could you describe your personal vibe? How do you make use of technology and what do humans excel at, what do machines excel at?

I have been very humbled and lucky enough to be able to collaborate with some of the artists I respect most as you mentioned. I guess I am now more and more into the idea of duality or even community, how things and works would be managed differently by combining different universes, how an artwork or a piece of music could bring people together through their shared interests while facing a tragic time. I do believe that some of the new technologies could improve our survival if we use them reasonably without developing them excessively, but I personally prefer to keep using old school analog machines for environmental reasons and the idea of the timeless state of being. If we do not use our hands and brains any more, that would be the most dangerous thing —- not because the machines would win any wars but because of our spirit and mind would get out of our bodies and travel to other planets before we could.

 

4/ How strong is the importance you give to artistic residencies and how did you deal with this pandemic situation as being part of many exhibitions projects? I unfortunately discovered that your last live-show at the incredible Fondation Fiminco with Anabell Lacroix got canceled. Which were your best residency memories ?

A residency gives you a different space and environment to work with, so you can pull yourself out of your usual workspace and discover new methods, new people and new ideas. I was lucky enough to have some support from art centers, institutional exhibitions, and 33-33 label who managed to enable me to do some performances that weren’t cancelled. So I didn’t focus on cancelled ones and moved quickly to the next projet. My best memories were getting together with the other residents and exchanging ideas and inspirations with them.

 

5/ Let’s now talk of your project for 2021 and the interconnection your carry with MODE, an annual series of artist-curated sonic and interdisciplinary events (by Laurel Halo and Ryoichi Sakamoto). Where did the 33-33 label first meet you? 

This is still a very challenging year for new projets but I’m very happy and humbled that my debut album will be out on my label 33-33 very soon. These compositions were made between 2017 and 2020 with analog synthesizers, electronic organs, saxophone, bassoon and it is called ‘More Die of Heartbreak’. I am very thankful for Laurel Halo who has been encouraging me on music composing and I was very honored to be invited on the Mode Exchange Festival in London where I met the 33-33 Label crew, who decided to work with me after the festival. I almost couldn’t believe that I was part of this 10-hour-ambient-music event where the most respected masters in the ambient music field were as well —- what an experience, that gave me a lot of courage to continue making music, being in the music community and contributing in a way.

 

6/ Can you tell us more about this live you’re about to bless us with in the Rinse France studio today?

This Rinse France live will be a live performance with my instruments, improvising on my recent discoveries and my own compositions on my old school systems. It aims to create a soothing, relaxing, joyful sonic experience and to celebrate the freedom of spring time.

Thank you Matthieu for having me on your show.

Traduction – Matthieu Astruc 

 

LEGITIME INVITE AMOSPHÈRE – Full replay down below ⬇️

Rinse France · LEGITIME invite AMOSPHERE – 31 Mai 2021

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